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Sur un établi d’atelier, deux mains gantées retouchent au pinceau une tête de créature inventée en latex aux mécanismes apparents, entre une lampe de bureau, des moules et une ville miniature éclairée.

Avant les pixels, les monstres des années 80 sortaient de l’atelier

Mayonnaise, latex, câbles et maquettes en laiton : dans les années 1980, les créatures et les villes du futur se fabriquent à la main. Les artisans qui les ont inventées ont vu arriver, au milieu de la décennie, les premiers personnages calculés par ordinateur.

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Le 25 juin 1982, deux films de science-fiction sortent le même jour sur les écrans américains, deux semaines après E.T. Le premier, Blade Runner de Ridley Scott, déçoit. Le second, The Thing de John Carpenter, est éreinté par la critique. En 2007, la Visual Effects Society classera pourtant Blade Runner deuxième film le plus influent de l’histoire des effets visuels, derrière La Guerre des étoiles.

Leur ville du futur et leur monstre ont été fabriqués à la main. Pour l’enfer industriel qui ouvre Blade Runner, l’équipe du chef maquettiste Mark Stetson aligne sur une table des silhouettes d’usines en laiton découpé, en perspective forcée, éclairées par en dessous grâce à des kilomètres de fibre optique. Le latex, les câbles et les maquettes vivent alors leurs plus belles heures, juste avant l’arrivée de l’ordinateur.

Plus d’un an dans un atelier

The Thing raconte l’histoire d’une créature venue d’ailleurs, capable d’imiter n’importe quel être vivant. Carpenter ne voulait surtout pas d’« un type dans un costume ». Il confie les transformations à Rob Bottin. Pendant plus d’un an, celui-ci vit sur les terrains des studios Universal, dort sur les plateaux et ne prend aucun jour de repos, à la tête d’une équipe qui compte jusqu’à 35 personnes.

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Ses recettes mêlent caoutchouc, mécanique et cuisine : mayonnaise, maïs en crème, chewing-gum chauffé au micro-ondes, gel lubrifiant. Débordé, il demande à Stan Winston de réaliser la créature-chien. Winston refuse d’être crédité : c’est, dit-il, « le film de Rob ». Le tournage terminé, Bottin est hospitalisé pour épuisement.

Un squelette de chrome et des marionnettes

James Cameron, lui, part d’un rêve. Il a raconté au British Film Institute l’avoir fait en 1981, fiévreux, dans une pension bon marché de Rome : un squelette de chrome sortait des flammes. Dans Terminator, sorti en 1984, l’atelier de Stan Winston donne corps à cette image avec plusieurs endosquelettes, dont un modèle au quart de la taille réelle, animé image par image, et un buste que le marionnettiste Shane Mahan porte sur le dos.

L’endosquelette réalisé par Stan était une œuvre d’art.James Cameron, entretien au British Film Institute (traduit de l’anglais)

La même année, Gremlins, de Joe Dante, repose sur un autre artisan, Chris Walas. Ses créatures sont des marionnettes à main, dont certaines ne savent faire qu’un seul geste : ramper, filer en skateboard, se pendre à une lampe. Walas aurait voulu des mogwaïs plus grands. Dante les veut minuscules, pour qu’ils restent attendrissants, quitte à multiplier de petites marionnettes fragiles, souvent en panne.

Deux ans plus tard, Walas pousse l’horreur plus loin avec La Mouche (The Fly), de David Cronenberg, librement adaptée d’une nouvelle de George Langelaan, parue en 1957 dans Playboy. La métamorphose du savant joué par Jeff Goldblum est découpée en étapes, de la peau qui se tache jusqu’à la créature finale, confiée à des marionnettes. En 1987, Chris Walas et Stephan Dupuis reçoivent l’Oscar du maquillage.

Quand l’ordinateur entre dans l’atelier

  1. 1985

    Le Secret de la pyramide

    Un chevalier jaillit d’un vitrail. Pour la société d’effets spéciaux ILM, c’est le premier personnage entièrement numérique d’un long métrage. Il naît dans la division informatique de Lucasfilm, dont une partie deviendra Pixar.

  2. 1989

    Abyss

    James Cameron fait sortir de l’eau un tentacule liquide, calculé par ordinateur chez ILM. Le film remporte l’Oscar des effets visuels.

  3. 1993

    Jurassic Park

    Phil Tippett prépare des dinosaures animés image par image, quand les essais numériques d’ILM convainquent Steven Spielberg de changer de méthode pour Jurassic Park. Tippett dira avoir alors compris qu’il était, comme ses dinosaures, une espèce éteinte. Il finit par superviser les animateurs.

En 1994, l’Oscar des effets visuels de Jurassic Park réunit les deux mondes. Il est remis à Dennis Muren, d’ILM, à Phil Tippett, à Michael Lantieri et à Stan Winston, l’homme qui avait fabriqué le squelette de Terminator.

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