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Le rivage d’un lac salé sous une lumière dorée : une croûte de sel blanc craquelée descend en gradins, anciennes lignes de rivage, vers une vaste eau turquoise et calme.

Ces mers qui sont des lacs, et ces lacs qui s’en vont

La Caspienne, la mer Morte et la mer d’Aral portent un nom de mer, mais aucune ne touche l’océan. Fermées, elles vivent des fleuves qui les nourrissent, et reculent quand on détourne leur eau. Loin de là, en Sibérie, un lac d’eau douce garde une réserve sans équivalent sur la planète.

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Le 12 août 2018, à Aktau, sur la rive kazakhe, les présidents de la Russie, de l’Iran, du Kazakhstan, de l’Azerbaïdjan et du Turkménistan signent une convention sur la Caspienne. Un groupe de travail planchait sur ce texte depuis 1996 : il a fallu plus de vingt ans pour s’entendre sur une étendue d’eau dont personne ne parvenait à fixer la nature. L’enjeu n’avait rien d’académique, car le fond recèle du pétrole et du gaz.

Si la Caspienne était une mer, chaque pays tracerait ses eaux depuis ses côtes jusqu’à mi-distance de ses voisins. Si c’était un lac, ses ressources seraient partagées à parts égales entre les cinq riverains. Le texte final se garde de choisir. Il la désigne simplement comme une étendue d’eau, accorde à chacun jusqu’à 15 milles nautiques d’eaux territoriales, puis une zone de pêche de 10 milles, et renvoie le partage du fond à des accords entre États riverains.

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Des noms de mer, des eaux de lac

Les géographes, eux, ont tranché depuis longtemps : la Caspienne est la plus vaste étendue d’eau intérieure du globe, et le plus grand lac salé, d’une superficie presque égale à celle du Japon. Elle ne communique avec aucun océan et sa surface se tient à environ 27 mètres sous le niveau de la mer. Son nom garde pourtant une part de vérité : son bassin sud est un reste d’une ancienne mer, la Paratéthys, et elle n’est coupée de l’océan que depuis quelques millions d’années.

Son eau en porte la trace, très inégalement. Presque douce au nord, où se jette la Volga, elle est en moyenne trois fois moins salée que l’océan, tandis que la lagune de Kara-Bogaz-Gol, à l’est, est plusieurs fois plus salée que l’océan. Deux autres « mers » partagent ce destin de lac fermé, et l’une d’elles a presque disparu.

La mer Morte est une mer.
C’est un lac salé sans exutoire, au fond de la vallée du Jourdain, et ses rives sont les terres émergées les plus basses du globe. Son plus ancien nom, dans la Bible, est Yam ha-Melah, la « mer de sel » ; les Grecs l’appelaient lac Asphaltite. Pompé par les usines de potasse et privé d’une grande partie du Jourdain, détourné en amont, le lac baissait d’environ 1,2 mètre par an en 2018, selon le ministère israélien de l’Environnement.
La mer d’Aral s’est vidée à cause de la sécheresse.
Elle a d’abord été vidée par l’irrigation. Dans les années 1960, l’Union soviétique détourne ses deux fleuves, l’Amou-Daria et le Syr-Daria, pour faire pousser du coton dans le désert. En 1960, ce lac situé entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan comptait parmi les plus grands lacs du monde, avec 68 000 km². En 2014, son bassin oriental a entièrement disparu.
Le lac Tchad est en train de disparaître.
Il a rétréci, puis s’est stabilisé. Étendu sur environ 25 000 km² dans les années 1960, il chute brutalement au début des années 1970 et passe sous les 2 000 km² dans les années 1980, frappé par les grandes sécheresses du Sahel ; l’irrigation a aggravé la baisse, dans une proportion encore discutée. Les pluies sont revenues dans les années 1990 et, selon une étude parue en 2020 dans Scientific Reports, sa surface n’a plus diminué en vingt ans.

Le Baïkal, la réserve de Sibérie

En Sibérie, un lac raconte l’histoire inverse. Logé dans un rift où la croûte terrestre s’écarte lentement, le Baïkal est le lac le plus profond du monde, avec 1 642 mètres, et le plus ancien : 25 millions d’années, selon l’UNESCO. Sa surface ne le place qu’au septième rang mondial. Sa profondeur lui donne en revanche le plus grand volume d’eau douce de tous les lacs, environ 23 600 km³, davantage que les Grands Lacs d’Amérique du Nord réunis.

Au nord de l’Aral, une digue a montré qu’un lac peut aussi revenir. En 2005, le Kazakhstan achève le barrage de Kok-Aral, qui isole la petite Aral du reste du bassin. Dès l’année suivante, son niveau était nettement remonté, et la pêche y a repris.

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