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Une haute cime enneigée coiffée d’une calotte de glace arrondie, éclairée de rose et d’or, dont les arêtes rocheuses émergent d’une mer de nuages.

Pourquoi le mont Blanc et l’Everest changent de hauteur

Le mont Blanc culmine à 4 807,47 mètres selon la mesure de 2026, l’Everest à 8 848,86 mètres selon le chiffre officiel de 2020. Ces hauteurs bougent d’une mesure à l’autre : la neige, les instruments, la dérive des continents et même une rivière y sont pour quelque chose.

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En septembre 2026, des géomètres-experts de Haute-Savoie sont remontés au sommet du mont Blanc avec une trentaine de kilos de matériel : récepteurs de géolocalisation, drone, géoradar et, pour la première fois là-haut, un gravimètre porté par trois agents de l’IGN. Le 14 octobre, à Saint-Gervais, ils ont annoncé leur résultat : 4 807,47 mètres, soit 1,88 mètre de plus qu’en 2023.

Ce chiffre ne dit pourtant presque rien de la roche. Ce que mesurent les géomètres sur le plus haut sommet des Alpes, entre la Haute-Savoie et la Vallée d’Aoste, c’est la calotte de neige et de glace qui le coiffe. Elle gonfle ou s’amincit selon les chutes de neige, le vent, la température et l’ensoleillement des mois précédents.

Un sommet de neige posé sur un sommet de pierre

Le rocher sommital culmine plus bas, un peu à l’ouest : 4 792 mètres selon une mesure de 2004, 4 789,40 mètres selon le géoradar emporté en 2026, un écart que les géomètres n’expliquent pas encore. Le point culminant, lui, est fait de neige et de glace, quinze à dix-huit mètres plus haut. Depuis 2001, les mesures se répètent, et leurs résultats varient de plusieurs mètres.

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  1. 1892–1894

    Les Vallot

    Henri et Joseph Vallot obtiennent 4 807,20 m par triangulation.

  2. 2001

    Première campagne

    Les géomètres-experts de Haute-Savoie, avec l’IGN, mesurent 4 810,40 m par GPS.

  3. 2003

    4 808,45 m : la calotte a perdu près de deux mètres en deux ans.

  4. 2021

    4 807,81 m.

  5. 2023

    4 805,59 m, soit 2,22 m de moins qu’en 2021.

  6. 2026

    4 807,47 m, tout près de la valeur des Vallot.

Les géomètres se gardent d’en tirer une tendance. Pour le glaciologue Luc Moreau, le sommet « reste encore froid » et n’est pas encore très touché par le réchauffement. Jean des Garets, président de la chambre des géomètres-experts de Haute-Savoie, rappelle que les variations atteignent plusieurs mètres d’une année à l’autre, ce qui justifie, selon lui, l’arrondi populaire à 4 810 mètres.

L’Everest, d’un chiffre officiel à l’autre

Au milieu du XIXᵉ siècle, les arpenteurs britanniques du grand relevé trigonométrique de l’Inde repèrent, parmi les cimes visées depuis les plaines, un « pic XV » plus haut que tous les autres. Ils lui attribuent 29 002 pieds, environ 8 840 mètres. En 1865, la Royal Geographical Society le baptise du nom de George Everest, ancien arpenteur général de l’Inde, sur la proposition de son successeur Andrew Waugh. L’intéressé avait protesté : il n’avait jamais vu la montagne, et son nom s’écrivait mal en hindi.

Le 29 mai 1953, Edmund Hillary et Tenzing Norgay atteignent le sommet. À la même époque, une triangulation indienne lui donne 8 848 mètres, la cote que l’on apprend encore souvent. En 2005, la Chine annonce 8 844,43 mètres : elle a mesuré la roche, sous une couche de neige et de glace évaluée à 3,5 mètres, quand le Népal retenait la hauteur de la neige. Le séisme de 2015 relance la question. Une équipe népalaise monte mesurer le sommet en mai 2019, une équipe chinoise au printemps 2020.

Sous la neige, une montagne qui monte vraiment

L’Himalaya, lui, bouge pour de bon. La chaîne est née d’une collision continentale : la plaque indienne, remontée vers le nord, a heurté l’Eurasie il y a 40 à 50 millions d’années, et la poussée continue. Les Alpes sont, elles aussi, une chaîne de collision.

Les récepteurs GPS montrent aujourd’hui que l’Everest et ses voisins s’élèvent d’environ 2 millimètres par an. Une étude parue en 2024 dans Nature Geoscience désigne un moteur inattendu : une rivière. Il y a environ 89 000 ans, l’Arun, qui coule à l’est de l’Everest, a rejoint le réseau de la Kosi. Grossi, ce réseau a creusé plus vite ses gorges, à quelque 75 kilomètres de la montagne. Allégée de cette roche, la croûte se soulève, comme un radeau qu’on décharge. Selon les auteurs, ce rebond expliquerait 15 à 50 mètres de la hauteur actuelle de l’Everest.

Le rebond de la croûte ne profite pas qu’à l’Everest. Le Lhotse et le Makalu montent eux aussi, et le Makalu, le plus proche de l’Arun, devrait même s’élever un peu plus vite que son voisin.

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