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Sous une lumière chaude, une grande pyramide de pierre se dresse dans le désert ; au premier plan, des tambours de colonnes, un chapiteau sculpté et des fragments de bronze verdi gisent à demi ensablés.

La plus vieille des Sept Merveilles est la seule encore debout

Le Colosse de Rhodes n’a pas tenu soixante ans. La Grande Pyramide, déjà vieille de vingt-trois siècles quand il est tombé, est toujours là. Entre les deux, quatre autres merveilles ont disparu, une cinquième n’a laissé aucune trace sûre, et la liste elle-même n’a jamais été tout à fait la même d’un auteur ancien à l’autre.

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En 226 av. J.-C., un séisme secoue l’île de Rhodes. Le Colosse, statue de bronze du dieu Hélios haute d’environ 33 mètres, se brise aux genoux et s’abat. Il était debout depuis un peu plus d’un demi-siècle. Ses morceaux restent sur place : trois siècles plus tard, Pline l’Ancien note que peu d’hommes arrivent à entourer son pouce de leurs bras.

Au moment de cette chute, la Grande Pyramide de Gizeh a déjà plus de deux millénaires. Bâtie vers 2600 av. J.-C. pour un pharaon de la IVᵉ dynastie, elle est de loin la plus ancienne des Sept Merveilles du monde antique, et aujourd’hui la seule encore debout.

Une liste qui changeait d’un auteur à l’autre

Les Grecs parlaient d’abord de theamata, les « choses à voir ». Une épigramme de l’Anthologie grecque, attribuée à un poète nommé Antipater, en dresse le catalogue. On y trouve six des sept monuments de la liste actuelle ; à la place du phare d’Alexandrie figurent les murailles de Babylone, sur lesquelles passe une route pour les chars. Et, au-dessus de tout, le poète place le temple d’Artémis à Éphèse, qui s’élève, dit-il, jusqu’aux nuages.

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Les historiens ont recensé près d’une vingtaine de listes, de l’Antiquité au Moyen Âge, presque toutes différentes. Le phare d’Alexandrie ne figure comme merveille dans aucune liste antique conservée ; on le trouve chez Grégoire de Tours, au VIᵉ siècle. La liste traditionnelle de sept monuments ne se fixe qu’au XVIᵉ siècle, notamment avec les gravures de Maarten van Heemskerck, publiées en 1572.

Cinq fins connues

  1. 356 av. J.-C.

    Éphèse

    Un certain Érostrate incendie le temple d’Artémis pour rendre son nom immortel. Les Éphésiens interdisent de le prononcer ; l’historien Théopompe le consigne quand même. Rebâti, le temple est pillé par les Goths au IIIᵉ siècle, puis abattu en 401. Il n’en reste qu’une colonne remontée.

  2. 226 av. J.-C.

    Rhodes

    Le séisme renverse le Colosse. Ses débris restent à terre pendant plus de huit siècles ; selon une chronique byzantine, ils sont vendus comme métal au VIIᵉ siècle.

  3. Vᵉ siècle

    Olympie

    La statue de Zeus, colosse d’or et d’ivoire de Phidias haut d’une douzaine de mètres, disparaît dans un incendie : celui du temple, en 425, ou celui d’un palais de Constantinople où elle aurait été transportée, en 475.

  4. 1303

    Alexandrie

    Décapité par un séisme en 956, le phare, haut d’au moins 100 mètres, est ravagé par celui de 1303. À la fin du XVᵉ siècle, le sultan Qaitbay fait bâtir un fort sur son emplacement, avec ses pierres.

  5. 1494

    Halicarnasse

    Le Mausolée, tombeau élevé vers 350 av. J.-C. pour Mausole, satrape de Carie, et poursuivi après sa mort par sa sœur et épouse Artémise, a été abattu par des séismes. Les chevaliers de Saint-Jean en réemploient les pierres pour fortifier leur château de Bodrum. Le nom de Mausole a donné le mot « mausolée ».

Pour le phare comme pour le Mausolée, la terre a abattu les monuments, puis les bâtisseurs ont puisé dans les décombres. Une partie du phare leur a échappé : au pied du fort de Qaitbay, des plongeurs ont repéré dans les années 1990 des blocs tombés à la mer, et une mission du CNRS en a remonté plusieurs en 2025.

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Et les Jardins suspendus ?

De la dernière merveille, on n’a même pas de ruines. La plus ancienne mention connue vient de Bérose, prêtre babylonien qui écrit vers 290 av. J.-C., recopié plus tard par Flavius Josèphe. Selon ce récit, Nabuchodonosor II aurait fait aménager de hautes terrasses plantées d’arbres pour son épouse, élevée en Médie, qui regrettait les paysages de montagne de son pays.

Or Hérodote, qui décrit longuement Babylone au Vᵉ siècle av. J.-C., n’en dit pas un mot. Les inscriptions de Nabuchodonosor non plus, et les fouilles n’en ont livré aucune trace certaine. L’assyriologue d’Oxford Stephanie Dalley place les Jardins à Ninive, plus au nord, chez le roi assyrien Sennachérib : elle lit dans l’une de ses inscriptions la description d’un jardin arrosé par d’énormes vis de bronze, et pense que les auteurs anciens ont confondu les deux capitales. Leur emplacement, et même leur existence, restent discutés.

Même la survivante a changé. La Grande Pyramide a perdu son sommet et presque tout son revêtement de calcaire blanc, emporté au fil des siècles comme pierre à bâtir. Elle culminait à environ 146 mètres ; elle en mesure aujourd’hui un peu plus de 138.

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