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Une table en bois sous une lampe de bureau : un plateau de parcours aux pions colorés, deux dés, des tuiles vierges sur un chevalet, un paquet de cartes, une vieille boîte en carton et un croquis de plateau.

Qui a vraiment inventé nos grands jeux de société ?

En 1904, une Américaine fait breveter un jeu où l’on achète des terrains et où l’on paie des loyers. Une trentaine d’années plus tard, un autre homme vend un jeu très proche sous le nom de Monopoly. Les classiques rangés dans nos placards ont souvent une histoire plus tortueuse que ce que raconte leur boîte.

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Le 5 janvier 1904, l’Office américain des brevets enregistre sous le numéro 748 626 un plateau de jeu déposé par une Américaine, Lizzie J. Magie. Le jeu s’appelle The Landlord’s Game. On y achète des terrains et l’on y paie des loyers. Magie ne fait pourtant pas l’éloge des rentiers. Elle suit les idées de l’économiste Henry George, partisan d’un impôt unique sur la terre, et veut montrer comment la rente enrichit les propriétaires et appauvrit les locataires.

Le but du jeu est d’obtenir autant de richesse ou d’argent que possible.Brevet américain n° 748 626, 1904 (traduction)

La phrase surprend sous la plume d’une adversaire des rentiers. Magie prévoit en réalité deux façons de jouer : dans l’une, la richesse créée profite à tous ; dans l’autre, il s’agit de bâtir des monopoles et de mettre ses adversaires en faillite. C’est la seconde qui fera carrière. Sollicité une première fois, l’éditeur Parker Brothers refuse le jeu, qu’il trouve trop compliqué. Il circule pourtant, sous diverses versions. Au début des années 1930, Charles Darrow, un vendeur de chauffages qui a perdu son emploi, en découvre une chez des amis, dont les cases portent les noms des rues d’Atlantic City.

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Darrow en tire sa propre version et la cède à Parker Brothers, qui la commercialise sous le nom de Monopoly à partir de novembre 1935. Apprenant que Darrow n’en est pas le seul auteur, l’éditeur rachète aussi à Magie le brevet de la version révisée de son jeu, accordé en 1924, pour une somme forfaitaire et sans droits sur les ventes. Darrow mourra millionnaire, célébré comme l’inventeur du jeu. Il faut attendre les années 1970 et la bataille judiciaire menée par Ralph Anspach, professeur à l’université d’État de San Francisco et auteur d’un Anti-Monopoly, contre le propriétaire de la marque Monopoly pour que ses recherches remontent jusqu’au jeu de Magie.

Un meurtre imaginé pendant les raids aériens

Birmingham, en pleine Seconde Guerre mondiale. Tandis que la ville subit les raids aériens, Anthony Pratt, musicien et ouvrier d’usine, imagine avec sa femme Elva un jeu d’enquête. Le couple puise dans les romans policiers, Agatha Christie en tête, et dans les jeux de meurtre auxquels on s’amusait en soirée. L’idée date de 1943. Le 1er décembre 1944, Pratt dépose une demande de brevet : un plateau divisé en pièces d’une maison, reliées par de petites cases, et neuf jetons qui représentent chacun une arme. Le brevet n’est publié que le 1er avril 1947.

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Le projet d’origine est plus chargé que la boîte que l’on connaît. Il compte dix personnages, dont une infirmière, Nurse White, et un colonel Yellow qui deviendra le colonel Moutarde ; parmi les armes figurent une bombe et une seringue. Norman Watson, qui dirige l’éditeur Waddingtons, achète le jeu et lui trouve son nom : Cluedo, contraction de l’anglais clue, l’indice, et de Ludo, un jeu de parcours. Les pénuries de l’après-guerre repoussent son lancement au Royaume-Uni jusqu’en 1949.

Des lettres qui valent leur rareté

Le Scrabble, lui, est né d’une période sans travail. En 1931, l’architecte américain Alfred Mosher Butts perd son emploi et se met à concevoir des jeux de lettres. Le premier, Lexiko, se joue avec neuf lettres tirées au hasard. Le suivant, Criss Cross Words, passe à sept lettres et ajoute un plateau ; chaque lettre y vaut d’autant plus de points qu’elle est rare en anglais. Les fabricants n’en veulent pas. À la fin des années 1940, James Brunot rachète les droits, rebaptise le jeu Scrabble et ajoute une prime de 50 points pour qui pose ses sept lettres d’un coup.

Un sixième Scrabble de trop

Un soir, à Montréal, deux journalistes, Chris Haney et Scott Abbott, s’installent chez Haney pour une partie de Scrabble. Celui-ci se rend compte qu’il vient d’acheter son sixième exemplaire du jeu, peut-être parce que des pièces manquaient aux précédents. Haney se demande s’ils ne pourraient pas, eux aussi, créer un jeu aussi populaire ; Abbott propose la culture générale. Le 15 décembre 1979, entre l’après-midi et la soirée, ils en fixent le principe : un jeu de plateau à questions, réparties en six grandes catégories.

Trivial Pursuit arrive dans les magasins canadiens en 1981 ; au Québec, il porte d’abord le nom de Quelques arpents de pièges. Il gagne ensuite les États-Unis. En 1984, 20 millions de boîtes sont déjà vendues, et les ventes cumulées dépassent aujourd’hui les 100 millions d’exemplaires.

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