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Trois blocs de pierre sombre reliés par des maillons de métal, posés sur une longue feuille de registre crème aux lignes vierges ; le bloc du milieu est éclairé d’une lueur cyan.

Bitcoin, les premiers repères d’une chaîne

Bitcoin est d’abord une réponse à un problème de comptabilité : comment tenir un registre de paiements que personne ne contrôle seul, mais que chacun peut vérifier. Un texte, un premier bloc, un premier échange entre deux personnes : retour sur les jalons qui ont posé cette chaîne, puis sur ce qu’elle a inspiré.

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Le 3 janvier 2009, le tout premier bloc de Bitcoin voit le jour, et il ne contient pas que des données techniques. Son auteur y a glissé une ligne en anglais, recopiée de la une du Times de Londres ce jour-là : « Chancellor on brink of second bailout for banks », le chancelier de l’Échiquier au bord d’un second sauvetage des banques. Ce bloc, dit « de genèse », marque le démarrage du réseau. Le suivant n’arrivera que six jours plus tard.

La phrase a été lue de deux façons. Comme un horodatage, d’abord : elle ne pouvait pas être écrite avant la parution du journal. Comme un commentaire, ensuite, sur la fragilité d’un système bancaire en pleine crise, au moment où naît un projet qui propose de payer sans passer par une banque. Ce projet avait été exposé neuf semaines plus tôt.

  1. 31 octobre 2008

    Un texte pose le problème

    Un auteur qui signe Satoshi Nakamoto diffuse sur une liste de discussion consacrée à la cryptographie un article intitulé « Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System ». Le pseudonyme permet d’attribuer le projet sans dire qui se cache derrière, une personne ou un groupe : la question n’est toujours pas tranchée. Le texte s’attaque à la double dépense. Un fichier numérique se copie, et rien n’empêche a priori d’utiliser deux fois la même somme. D’ordinaire, c’est un intermédiaire de confiance qui tient le registre et tranche.

  2. 3 janvier 2009

    La chaîne commence

    Le bloc de genèse, numéro 0, ouvre le registre partagé. Tous les blocs inscrits depuis descendent de lui, maillon après maillon.

  3. 9 janvier 2009

    Le logiciel devient accessible

    La première version du programme est mise en ligne. Son auteur la présente sur la même liste comme un système « complètement décentralisé, sans serveur ni autorité centrale ». Un lecteur du texte de 2008 peut désormais l’installer, examiner le code et faire tourner le réseau sur sa propre machine.

  4. 12 janvier 2009

    Un deuxième participant

    Hal Finney, développeur américain, a récupéré le logiciel dès sa sortie. Il reçoit de Satoshi Nakamoto 10 bitcoins, envoyés pour tester le système : c’est la première transaction de Bitcoin, inscrite dans le bloc 170. En 2013, Finney écrira qu’il a sans doute été le premier, après son auteur, à faire tourner le programme.

  5. 30 juillet 2015

    Une chaîne pour d’autres usages

    Le réseau Ethereum, projet distinct de Bitcoin, est lancé. Il reprend l’idée d’une chaîne de blocs pour y faire fonctionner des programmes, les contrats intelligents. L’expression, forgée par Nick Szabo, ne désigne ni un contrat signé devant notaire ni une forme d’intelligence : ce sont des règles écrites en code, qui s’exécutent quand leurs conditions sont remplies.

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Comment les blocs tiennent-ils ensemble ?

Un bloc est un ensemble de transactions validées, ajoutées d’un seul tenant au registre. Chaque nouveau bloc contient l’empreinte numérique, le hash, du bloc qui le précède. Modifier une transaction ancienne changerait cette empreinte et casserait tous les maillons suivants. C’est ce lien qui transforme une suite de blocs en chaîne, et un registre en histoire difficile à réécrire.

Pour ajouter un bloc, il faut fournir une preuve de travail, ou proof of work : un calcul long et coûteux à produire, que les autres participants vérifient en un instant. L’effort ne suffit pourtant pas. Selon le texte de 2008, les nœuds du réseau n’acceptent un bloc que si toutes ses transactions sont valides et qu’aucune somme n’y est dépensée deux fois. Celui qui calcule propose ; le réseau contrôle.

Le texte d’octobre 2008 se lit toujours librement sur le site bitcoin.org. Il y est question de serveur d’horodatage, de signatures numériques et, déjà, du problème qui a tout lancé : comment partager une histoire de paiements sans en confier la garde à un seul intermédiaire ?

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Sources

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