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Un planisphère ancien sur papier crème, plié et au coin replié, couvert d’anneaux presque effacés ; un seul cercle terre cuite reste visible, sur l’Afghanistan et le Pakistan.

Pourquoi la variole a disparu, et pas encore la polio

Le dernier homme à avoir attrapé la variole de façon naturelle était un cuisinier somalien, en 1977. Il a ensuite passé des années à vacciner les enfants de son pays contre une autre maladie, que deux vaccins et des décennies de campagnes n’ont toujours pas fait disparaître.

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En octobre 1977, à Merca, sur la côte de la Somalie, un cuisinier d’hôpital de 23 ans tombe malade. Ali Maow Maalin avait aidé à conduire deux enfants contagieux vers un camp d’isolement. Il avait même travaillé comme vaccinateur contre la variole, sans jamais s’être fait vacciner lui-même. L’hôpital est placé en quarantaine et plus de 50 000 personnes sont vaccinées autour de chez lui. Il guérit, et la chaîne s’arrête là.

Depuis, plus personne n’a attrapé la variole de façon naturelle. Elle emportait environ trois malades sur dix, et elle reste à ce jour la seule maladie infectieuse humaine éradiquée de la planète. Une autre résiste encore, malgré deux vaccins et des décennies de campagnes : la poliomyélite.

Une trayeuse et un garçon de 8 ans

Le 14 mai 1796, le médecin anglais Edward Jenner prélève du liquide dans les lésions qu’une trayeuse, Sarah Nelmes, porte à la main. Elle a contracté la vaccine, la variole de la vache. Jenner l’inocule à James Phipps, un garçon de 8 ans. En juillet, il lui inocule cette fois de la matière prélevée sur une pustule de variole humaine : l’enfant ne tombe pas malade. Jenner avait remarqué que les trayeuses qui avaient eu la vaccine n’attrapaient pas la variole.

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Jenner publie l’expérience en 1798, à ses frais, dans un opuscule consacré aux variolae vaccinae. Le mot vient du latin vacca, la vache. En français, le terme vaccin désigne d’abord, dès 1801, la substance qui protège de la variole ; ce n’est que dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle qu’il s’applique à d’autres maladies.

Une maladie qui ne pouvait pas se cacher

L’Organisation mondiale de la santé lance en 1967 un programme intensifié d’éradication, après un premier plan adopté en 1959. La méthode tient en peu de mots : repérer chaque malade, puis vacciner tous ceux qui l’ont approché. L’Amérique latine est débarrassée de la variole en quatre ans, et le dernier foyer d’Asie tombe quatre ans plus tard. La variole avait quatre faiblesses.

  1. Un seul hôte

    Le virus n’infecte que l’être humain : chassé des populations, il n’a nulle part où se réfugier.

  2. Aucun malade invisible

    Chaque infection provoque des symptômes, et le malade ne devient contagieux qu’une fois la fièvre déclarée : on sait qui isoler.

  3. Un vaccin qui voyage

    Stable, il peut être acheminé jusque dans les régions les plus reculées.

  4. Un vaccin qui agit même après coup

    Donné dans les trois jours qui suivent un contact, il peut encore empêcher la maladie ; il protège ensuite pendant plusieurs années.

En décembre 1979, à Genève, une commission de scientifiques venus de 19 pays certifie l’éradication. Le 8 mai 1980, l’Assemblée mondiale de la santé déclare le monde débarrassé de la variole.

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Deux vaccins contre la polio, et un virus discret

Contre la poliomyélite, la médecine dispose de deux vaccins. Celui de Jonas Salk se donne par injection ; les résultats de son vaste essai sur le terrain sont annoncés le 12 avril 1955. Celui d’Albert Sabin contient un virus vivant affaibli et s’avale en quelques gouttes. Dès 1959, des millions d’enfants le reçoivent en Union soviétique ; les États-Unis l’homologuent en 1961. Il devient le vaccin de la plupart des programmes nationaux.

Le virus, lui, se cache. La plupart des personnes infectées ne présentent aucun symptôme visible, et une infection sur 200 au plus aboutit à une paralysie. On peut transmettre le virus avant d’avoir des symptômes, et même sans jamais en avoir. La méthode qui avait vaincu la variole, isoler le malade et vacciner son entourage, arrive donc trop tard.

Depuis, les cas dus au virus sauvage ont baissé de plus de 99 %. Des trois types de virus sauvage, le type 2 n’a plus été vu depuis 1999 et le type 3 depuis 2012 ; tous deux sont déclarés éradiqués. Le type 1 circule encore en Afghanistan et au Pakistan.

Ali Maow Maalin a passé la suite de sa vie à combattre cette autre maladie. Devenu vaccinateur, puis responsable de district pour la polio auprès de l’OMS en Somalie, il a contribué à arrêter l’épidémie qui a frappé le pays en 2005.

La Somalie a été le dernier pays à avoir la variole. Je voulais aider à faire en sorte que nous ne soyons pas aussi le dernier endroit à avoir la polio.Ali Maow Maalin (traduction)

Il meurt le 22 juillet 2013 du paludisme contracté pendant une campagne de vaccination contre la polio. Le virus sauvage ne circule plus que dans deux pays.

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