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Une régate de petits voiliers à voiles ivoire sur la Seine, vers 1900, entre des berges boisées ; une femme fait partie d’un équipage vu de dos, et des spectateurs en tenue de la Belle Époque suivent la course depuis la rive, sous une ombrelle.

En 1900, les femmes entrent aux Jeux olympiques par la porte de l’Exposition universelle

Les deuxièmes Jeux modernes n’ont eu ni cérémonie d’ouverture ni vraiment de nom : ils se sont dilués pendant plus de cinq mois dans l’Exposition universelle de Paris. C’est pourtant là, loin des idées de leur fondateur, que des femmes ont disputé pour la première fois des épreuves olympiques, sur la Seine, sur des courts de tennis et sur un parcours de golf.

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Le 22 mai 1900, à Meulan, en aval de Paris, huit yachts prennent le départ d’une régate de 19 kilomètres sur la Seine. Le vainqueur est le seul bateau étranger, le Lérina, venu de Suisse. À son bord, le comte Hermann de Pourtalès, son neveu Bernard et sa femme, Hélène, née Helen Barbey à New York en 1868. Ce jour-là, Hélène de Pourtalès devient la première femme championne olympique. Aucun document officiel, pourtant, ne présente cette course comme une épreuve des Jeux.

Des Jeux noyés dans une foire

Cette année-là, Paris accueille l’Exposition universelle. Pierre de Coubertin, qui a fait renaître les Jeux à Athènes en 1896, comptait organiser lui-même les suivants dans sa ville. Mais Alfred Picard, commissaire général de l’Exposition, prépare ses propres concours sportifs, et Coubertin est tenu à l’écart. Un compromis est trouvé en 1899 : « les concours de l’Exposition tiennent lieu de Jeux olympiques pour 1900 ».

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Le rapport officiel parle de « concours internationaux d’exercices physiques et de sports ». Les épreuves s’étalent sur plus de cinq mois, sans cérémonie d’ouverture ni de clôture à proprement parler. L’athlétisme se court sur l’herbe de la Croix-Catelan, au bois de Boulogne ; les nageurs descendent la Seine dans le sens du courant. La plupart des vainqueurs reçoivent une coupe ou un trophée, pas une médaille, et beaucoup de concurrents ne sauront jamais qu’ils ont pris part aux Jeux olympiques.

  1. 14 mai 1900

    Premières épreuves, sans cérémonie d’ouverture.

  2. 22 mai

    Sur la Seine

    Hélène de Pourtalès gagne la première course des 1 à 2 tonneaux à bord du Lérina.

  3. 11 juillet

    À Puteaux

    Charlotte Cooper remporte le simple dames du tournoi de tennis.

  4. 14 juillet

    Au bois de Boulogne

    L’Américain Frank Jarvis gagne le 100 mètres en 11 secondes, sur une piste en herbe. À Berlin, en 2009, Usain Bolt le courra en 9,58 secondes.

  5. 3 octobre

    À Compiègne

    Margaret Abbott gagne le tournoi de golf féminin.

  6. 28 octobre

    Fin des dernières épreuves.

Le baron et les sportives

Quatre ans plus tôt, à Athènes, aucune femme n’avait concouru, et Coubertin ne souhaitait pas que cela change. Il le redit encore en 1912, à propos de l’idée d’une olympiade réservée aux femmes.

Impratique, inintéressante, inesthétique, et nous ne craignons pas d’ajouter : incorrecte.Pierre de Coubertin, en 1912, sur une « demi-olympiade féminine »

À Paris, cependant, ce sont les organisateurs de l’Exposition qui fixent le programme, et certains concours acceptent des femmes. Sur 997 athlètes, 22 femmes prennent part aux épreuves, à peine plus de 2 %. Les premières dont on garde la trace sont des joueuses de croquet et une navigatrice, Hélène de Pourtalès.

Du court de Puteaux au green de Compiègne

Le 11 juillet, sur l’île de Puteaux, la Britannique Charlotte Cooper bat la championne de France, Yvonne Prévost, en deux sets. Elle devient la première femme sacrée championne olympique dans une épreuve individuelle, puis gagne le double mixte avec Reggie Doherty. Elle remportera en tout cinq fois Wimbledon en simple, la dernière en 1908, à 37 ans.

Le 3 octobre, à Compiègne, une Américaine de Chicago venue à Paris étudier l’art avec sa mère gagne le tournoi de golf féminin. Margaret Abbott boucle les neuf trous en 47 coups ; sa mère, Mary, finit septième ex aequo. La gagnante repart avec un bol en porcelaine. Elle meurt en 1955 sans avoir su qu’elle était championne olympique. Ce n’est que dans les années 1970 que l’historienne Paula Welch, qui l’a vue citée comme championne olympique, entreprend de retracer sa vie : il lui faudra une dizaine d’années de recherches pour retrouver sa famille.

Cent vingt-quatre ans après la régate de Meulan, Paris accueille de nouveau les Jeux d’été. En 2024, pour la première fois, les 10 500 places d’athlètes sont partagées à parts égales entre femmes et hommes.

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