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Un astrolabe de marin en bronze, roue évidée et réglette de visée, dressé sur une carte marine ancienne près d’un sablier, devant la mer ouverte au soleil couchant.

Sans longitude, comment les grands navigateurs trouvaient-ils leur route ?

Quatre-vingt-treize jours sans voir la terre : c’est ce qu’a connu la flotte de Vasco de Gama en 1497. Ses pilotes savaient dire à quelle hauteur du globe ils se trouvaient. Pour le reste, ils comptaient, estimaient, et il leur arrivait de se tromper de pays.

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Le 3 août 1497, quatre navires quittent l’île de Santiago, dans l’archipel du Cap-Vert, et gagnent le large. Ils sont commandés par Vasco de Gama. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne longe pas l’Afrique : pour contourner vents et courants, sa flotte décrit une immense boucle au milieu de l’Atlantique Sud. Elle ne revoit la terre que le 4 novembre, au nord d’une baie que les Portugais baptisent Santa Helena. Quatre-vingt-treize jours en mer, sans le moindre rivage en vue.

Le 22 novembre, la flotte double le cap de Bonne-Espérance ; le 20 mai 1498, elle mouille devant Calicut, en Inde. Ses pilotes devaient savoir chaque jour où ils se trouvaient. Ils n’y parvenaient qu’à moitié : ils mesuraient la latitude, la position nord-sud, mais pas la longitude.

Comment mesurait-on la latitude ?

La hauteur d’un astre au-dessus de l’horizon renseigne sur la latitude. On visait l’étoile Polaire, mais elle s’abaisse à mesure qu’on descend vers le sud et disparaît près de l’équateur. Les Portugais se sont donc tournés vers le Soleil. On mesure sa hauteur à midi, puis on la corrige grâce à des tables qui donnent sa position, jour après jour. Celles de l’astronome Abraham Zacuto, traduites en latin par son ancien élève José Vizinho, sont imprimées à Leiria, au Portugal, en 1496.

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La mesure se fait avec l’astrolabe de marin, en usage vers 1470 selon le musée maritime de Greenwich. C’est un disque lourd, en partie évidé pour offrir moins de prise au vent, muni d’une réglette pivotante percée de deux petits trous que l’on aligne sur l’astre. Sur un pont qui tangue, la visée est délicate : Vasco de Gama emporte de petits astrolabes de métal et un grand astrolabe de bois, qu’on installe à terre sur un trépied.

Et la longitude ?

La Terre tourne de 15 degrés par heure. Pour connaître sa longitude, il faut donc comparer, au même instant, l’heure du bord et celle d’un lieu de référence. Aucune horloge ne sait alors garder l’heure en mer. Les pilotes naviguent à l’estime : partant d’un point connu, ils reportent sur la carte le cap suivi à la boussole et la distance parcourue, déduite de la vitesse supposée du navire et du temps mesuré au sablier. Chaque erreur s’ajoute à la précédente.

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C’est ainsi que navigue Christophe Colomb en 1492. Parti de La Gomera, aux Canaries, le 6 septembre, il fait route vers l’ouest et aborde le 12 octobre une petite île des Lucayes que ses habitants appellent Guanahani. Son journal, connu par la copie de Bartolomé de Las Casas, rapporte que, dès le 9 septembre, l’amiral décide de noter moins de lieues qu’il n’en parcourt, afin que l’équipage ne prenne pas peur si le voyage se prolonge.

Suivre un parallèle

Une parade consistait à gagner la latitude de sa destination, puis à suivre ce parallèle, quitte à rallonger le trajet de plusieurs jours. Jean Cabot, un navigateur italien devenu citoyen de Venise en 1476, comptait ainsi filer vers l’ouest depuis une latitude du nord. Mandaté par le roi d’Angleterre Henri VII, il quitte Bristol en 1497 à bord du Matthew. Le 24 juin, il touche terre en Amérique du Nord, à un endroit qui reste discuté : Terre-Neuve, Labrador ou île du Cap-Breton.

Une lettre du marchand anglais John Day, écrite l’hiver suivant, en témoigne. Elle place la côte découverte entre les latitudes de l’Irlande et de Bordeaux ; pour la distance, elle ne donne qu’une estimation, 1 800 milles à l’ouest de l’Irlande. Au retour, Cabot aborde en Bretagne plutôt qu’en Angleterre : selon Day, ses marins l’avaient troublé en lui répétant qu’il remontait trop au nord.

  1. 1714

    Le Parlement britannique vote le Longitude Act et promet une récompense à qui saura déterminer la longitude d’un navire.

  2. 1731

    L’Anglais John Hadley présente l’octant, que Thomas Godfrey a mis au point de son côté à Philadelphie. Le sextant en dérivera.

  3. 1761

    La montre H4 de l’horloger John Harrison embarque pour la Jamaïque, confiée à son fils William.

À l’arrivée, la montre H4 n’accuse qu’environ 5 secondes d’écart : en gardant l’heure du port de départ, elle donne la longitude par comparaison avec l’heure locale. Les pilotes de Vasco de Gama, eux, avaient bouclé l’Atlantique Sud sans pouvoir mesurer de combien ils avaient dérivé vers l’est ou vers l’ouest.

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