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Sur un sentier de montagne humide, un guide andin précède un voyageur, tandis qu’un paysan cultive le maïs sur des terrasses de pierre au-dessus d’une vallée dans la brume.

Ces merveilles « redécouvertes » que leurs voisins n’avaient jamais perdues

Pétra en 1812, Machu Picchu en 1911 : on date leur découverte du jour où un étranger venu d’Europe ou des États-Unis y est entré. Burckhardt et Bingham écrivent pourtant qu’on les y a conduits, contre une vieille paire de fers à cheval ou un sol d’argent péruvien.

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Le 22 août 1812, dans les montagnes de l’actuelle Jordanie, un voyageur qui se fait appeler cheikh Ibrahim réclame un détour. Il prétend avoir fait le vœu d’égorger une chèvre en l’honneur d’Aaron, dont le tombeau se dresse au bout d’une vallée nommée Wadi Moussa. Son guide, qui craint la colère du saint, n’ose pas refuser. Le voyageur est un Suisse, Johann Ludwig Burckhardt, formé à l’arabe par une société britannique qui le destine à explorer l’intérieur de l’Afrique.

Un second guide, payé d’une vieille paire de fers à cheval, porte la chèvre. Le défilé du Siq s’ouvre sur des façades taillées dans la falaise. On retient souvent cette date : ce jour-là, Pétra aurait été découverte. Le journal de Burckhardt, publié en 1822 après sa mort au Caire, dit autre chose. S’il tenait à voir Wadi Moussa, c’est que les gens du pays lui avaient parlé de ses antiquités « en termes d’une grande admiration ».

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Une ville bien connue de ses voisins

Sur place, la tribu des Lyathene cultive la vallée jusqu’aux premiers tombeaux. Quand le voyageur s’attarde près d’une ruine, son guide le soupçonne de chercher un trésor et le prévient : ces richesses sont « sur notre territoire, et elles nous appartiennent ». Burckhardt, lui, juge seulement « très probable » que ces ruines soient celles de Pétra, la capitale des Nabatéens citée par les auteurs anciens.

Son apport tient à ce rapprochement entre un lieu habité et un nom tiré des livres. Ancien carrefour caravanier du commerce de l’encens, Pétra attire bientôt les voyageurs européens. Les Bdul, des familles bédouines qui vivaient dans ses grottes, en sont réinstallés en 1985 dans un village voisin, Umm Sayhun.

Machu Picchu, un matin de pluie

Le 24 juillet 1911, Hiram Bingham, professeur d’histoire de l’Amérique latine à Yale, cherche la dernière capitale des Incas. Melchor Arteaga, un fermier des bords de l’Urubamba, lui a parlé de ruines sur la montagne. Il pleut, et Arteaga n’accepte de le guider que contre un sol, trois ou quatre fois le salaire local d’une journée. Il faut franchir les rapides sur un pont de rondins liés par des lianes, puis grimper une heure vingt.

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En haut vivent deux cultivateurs, Richarte et Alvarez, installés depuis quatre ans sur les terrasses anciennes. Ils offrent de l’eau et des patates douces à l’Américain, puis envoient un petit garçon le guider jusqu’aux bâtiments. Bingham note lui-même qu’un certain Lizárraga avait écrit son nom sur un mur en 1902.

Ce que 1911 change, c’est la notoriété : Bingham fait connaître le site au monde entier. La cité, elle, est l’œuvre de l’Empire inca : un domaine de l’empereur Pachacuti, occupé d’environ 1420 à 1530 selon une datation au radiocarbone publiée en 2021.

Nazca, des figures faites pour le marcheur

Dans le désert de Nazca, à environ 400 km au sud de Lima, les habitants ont tracé pendant des siècles des lignes et des silhouettes d’animaux, en dégageant les pierres rougeâtres du sol. Le grand public ne les découvre qu’avec les premiers survols en avion.

Selon l’équipe de Masato Sakai, de l’université de Yamagata, les petites figures en relief se trouvent en moyenne à 43 mètres d’anciens sentiers : elles étaient faites pour être vues de près, par des marcheurs. Les grandes figures tracées au trait bordent le réseau des lignes et des trapèzes ; les chercheurs y voient le lieu de rituels collectifs.

Ce que disaient les noms

En novembre 1855, le missionnaire David Livingstone atteint sur le Zambèze une chute dont on lui parle depuis son arrivée dans la région. Les Makololo l’appellent « Mosi oa tunya », qu’il traduit par « la fumée fait du bruit là-bas ». Des hommes rompus aux rapides le mènent en pirogue au bord du gouffre. Il donne pourtant à la chute le nom de sa reine : ce seront les chutes Victoria.

Le jour de Pâques 1722, le navigateur Jacob Roggeveen aperçoit une île du Pacifique et la nomme d’après la date : l’île de Pâques. Elle est peuplée depuis plusieurs siècles par des navigateurs venus de Polynésie orientale, dont les descendants l’appellent aujourd’hui Rapa Nui. Depuis 1995, c’est sous ce nom que l’UNESCO inscrit son parc national.

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