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Une butte de terre aux pentes raides, couronnée d’une palissade de pieux et d’une tour de bois, au-dessus d’un fossé et d’une enceinte de bois où se serrent des bâtiments à toit de chaume.

Avant d’être de pierre, le château fort était une butte de terre

On l’imagine de pierre, hérissé de tours, défendu par un pont-levis et des chaudrons d’huile. Les premiers châteaux forts ressemblaient surtout à un chantier de terrassiers : un fossé, une butte de terre et, au sommet, une tour en bois.

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Sur la tapisserie de Bayeux, juste après le débarquement normand de 1066, une scène montre des hommes armés de pelles qui s’activent autour d’un tas de terre. Au-dessus d’eux court une inscription latine : Iste jussit ut foderetur castellum at Hestenga, « celui-ci ordonna de creuser un château à Hastings ». Le verbe dit creuser, pas bâtir : ce château-là commence par un fossé et une butte.

Cette butte a un nom : la motte castrale. La terre tirée du fossé est entassée en couches jusqu’à former un cône aux pentes raides, dont la hauteur varie beaucoup d’un site à l’autre. Au sommet se dresse une tour de bois, entourée d’une palissade de pieux. Au pied, une seconde enceinte abrite les écuries, les granges et les logements. Terre et bois se trouvent partout, et l’ouvrage ne demande pas de maçons : des paysans ou des soldats suffisent à l’élever. Les plus anciennes mottes connues apparaissent à la fin du Xᵉ siècle, entre la Loire et le Rhin, et les Normands les exportent en Angleterre après 1066.

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Les défenseurs versaient de l’huile bouillante sur les assaillants.
Rarement. L’huile était une denrée précieuse, difficile à chauffer en quantité et à porter le long des remparts. On jetait plus souvent du sable brûlant, de l’eau bouillante ou de la chaux vive. Les mentions d’huile restent rares, comme au siège d’Orléans en 1428.
Chaque château avait son pont-levis.
Hormis quelques exemples à la fin du XIIIᵉ siècle, le pont-levis ne se répand qu’au XIVᵉ. Avant lui, on enlevait des travées de bois mobiles pour couper le passage. Devant une porte exposée, on pouvait aussi élever une barbacane, un ouvrage avancé qui protégeait l’entrée, comme celle que Saint Louis fit bâtir devant le château de Carcassonne.
Le créneau, c’est la dent du rempart.
C’est l’inverse. Le créneau est le vide par lequel le défenseur observe et tire ; la partie pleine qui l’abrite s’appelle le merlon. Au XIIIᵉ siècle, certains créneaux reçoivent même des volets qui permettent de tirer sans se découvrir.

Le bois brûle, la pierre s’installe

Le point faible de la motte se lit sur la même tapisserie. Plus tôt dans le récit, les chevaliers de Guillaume attaquent Dinan, en Bretagne. La broderie montre une tour de bois perchée sur sa butte, et des assaillants qui en approchent des torches enflammées ; Conan, le duc de Bretagne, finit par tendre les clés de la place au bout d’une lance. L’historien Rupert Willoughby fait toutefois remarquer que les brodeurs ont sans doute dessiné Dinan sur le modèle habituel de la motte, alors que le château comportait probablement déjà de la pierre.

La pierre remplace le bois peu à peu, entre le XIᵉ et le XIIIᵉ siècle. À Loches, en Touraine, le comte d’Anjou Foulques Nerra fait élever entre 1013 et 1035 un donjon de 36 mètres, l’un des plus anciens donjons romans de pierre. Sa date, c’est le bois qui la donne : les restes de poutres pris dans ses murs ont été datés par dendrochronologie, la lecture des cernes des arbres.

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En Angleterre, les Normands continuent pourtant de lever des mottes. Vers 1070, Guillaume le Conquérant fait dresser à Windsor, au-dessus de la Tamise, une butte coiffée d’une tour de bois. Il faut attendre le XIIᵉ siècle pour que la pierre y remplace peu à peu le bois.

Pourquoi les tours se sont arrondies

La pierre a ses faiblesses, à commencer par ses angles. En 1215, le roi Jean sans Terre assiège le donjon de Rochester, dans le Kent, tenu par des barons révoltés. Ses mineurs creusent une galerie sous l’angle sud-est, soutenue par des étais de bois. Le 25 novembre, le roi réclame d’urgence des porcs parmi les plus gras, ceux qui sont les moins bons à manger : leur graisse doit nourrir le feu qui consumera les étais.

L’angle s’effondre. Retranchée derrière le mur de refend qui coupe le donjon en deux, la garnison résiste encore, puis se rend le 30 novembre, réduite à manger ses chevaux.

Quand Henri III fait réparer le donjon, l’angle abattu est rebâti en tourelle cylindrique, qui tranche encore sur les autres, restées carrées. Une tour ronde n’offre pas d’arête à saper, ne laisse aucun angle mort aux tireurs et résiste mieux aux projectiles des machines de siège.

La butte de terre, elle, n’a pas toujours disparu sous la pierre. À Windsor, la tour d’Henri II, devenue la Round Tower, repose toujours sur la motte de Guillaume. Au début du XIXᵉ siècle, l’architecte Jeffry Wyatville l’a encore rehaussée d’environ neuf mètres.

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