
L’architecte de l’Opéra de Sydney ne l’a jamais vu achevé
En 1957, un Danois presque inconnu remporte le concours d’un opéra au bord de la baie de Sydney. Neuf ans plus tard, il quitte l’Australie en plein chantier et n’y revient plus. Le bâtiment s’est achevé sans lui, mais pas sans ses idées.
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Voir le quiz ↓Le 20 octobre 1973, Élisabeth II inaugure l’Opéra de Sydney. La cérémonie, télévisée, s’accompagne de la Neuvième Symphonie de Beethoven et de feux d’artifice au-dessus des voiles blanches. L’homme qui les a dessinées est à l’autre bout du monde, chez lui à Hellebæk, au nord de Copenhague. Il ne regarde même pas la retransmission.
Jørn Utzon ne travaille plus sur le bâtiment depuis sept ans. Il a quitté l’Australie en 1966, en plein chantier, et n’y reviendra jamais. Il mourra en 2008 sans avoir vu son opéra achevé.
Le dossier 218
En 1955, le Premier ministre de la Nouvelle-Galles du Sud, Joseph Cahill, annonce une compétition internationale pour un opéra à Bennelong Point, dans le port de Sydney. Plus de deux cents projets arrivent du monde entier. Le jury réunit quatre hommes, dont l’Américain Eero Saarinen. Le 29 janvier 1957, Cahill proclame le lauréat : le dossier 218, envoyé par un Danois de 38 ans à peu près inconnu, Jørn Utzon.
Son projet tranche avec l’air du temps. À New York, Mies van der Rohe achève en 1958 le Seagram Building, une tour de 38 étages en verre et en bronze. Dans le style international, le gratte-ciel est une boîte nette et répétitive. Utzon, lui, pose sur un socle massif des coques blanches qui évoquent des voiles gonflées. Ses dessins ne disent pas comment les bâtir.
Toutes les coques dans une seule sphère
Le chantier s’ouvre à la fin des années 1950, alors que la toiture n’est pas résolue. Chaque coque a sa propre courbure, si bien qu’aucun moule ne peut servir deux fois. Les ingénieurs du bureau Ove Arup & Partners essaient tour à tour des paraboles et des ellipsoïdes. Parmi eux, un jeune Irlandais, Peter Rice, passe trois ans à Londres sur ces calculs, avant de rejoindre Sydney, où il est chargé de positionner chaque élément des coques.
D’après le récit de l’Opéra, c’est en empilant les coques de sa grande maquette qu’Utzon remarque leur ressemblance. Toutes pourraient être découpées dans une même sphère, et fabriquées en série à partir d’une géométrie répétée. Le « Livre jaune » qui expose cette solution est remis en 1962. Le mérite de l’idée reste disputé entre l’architecte et les ingénieurs. Quant à l’orange qu’Utzon aurait épluchée pour trouver la forme, l’Opéra lui-même range l’histoire parmi les légendes.
Un quart d’heure dans un bureau
En 1965, les élections portent au pouvoir un gouvernement libéral, dirigé par Robert Askin. Son ministre des Travaux publics, Davis Hughes, conteste les choix d’Utzon et retient ses paiements. Le 28 février 1966 à midi, l’architecte vient réclamer son dû. La réunion dure à peine un quart d’heure : Utzon menace de partir, Hughes ne le retient pas. Le soir même, le ministre annonce à la presse la démission de l’architecte.
Le 28 avril, Utzon s’envole avec sa famille en évitant les journalistes. Sur la route de l’Europe, il fait étape au Yucatán, devant les temples mayas qui avaient nourri son projet. Trois architectes australiens, Peter Hall, Lionel Todd et David Littlemore, achèvent les intérieurs. La grande salle, qui devait accueillir aussi l’opéra, devient une salle de concert ; l’opéra se replie dans la petite.
De Sydney à Beaubourg
En 1971, Peter Rice fait partie de l’équipe qui remporte, avec le bureau Arup, le concours du futur centre culturel du plateau Beaubourg, à Paris, parmi 681 dossiers. Les architectes sont Renzo Piano et Richard Rogers, associés à Gianfranco Franchini. Dans le jury siège Philip Johnson, qui avait été l’associé de Mies sur le Seagram Building.
Ouvert en 1977, le Centre Pompidou prend le contre-pied de l’Opéra : au lieu d’envelopper sa structure, il montre ses escaliers mécaniques et ses gaines.
Utzon, de son côté, renoue avec son bâtiment sans y retourner. En 1999, il accepte de rédiger les principes qui guideront ses transformations futures. Il redessine la salle de réception, rebaptisée Utzon Room en 2004. Entre-temps, il a reçu le prix Pritzker en 2003, et l’Opéra entre au patrimoine mondial de l’Unesco le 28 juin 2007.
En mars 2006, Élisabeth II revient à Sydney pour ouvrir une colonnade sur la façade ouest, première modification extérieure dessinée par Utzon lui-même. Dans son discours, la reine évoque sa deuxième cérémonie d’ouverture dans ce bâtiment. L’architecte, lui, n’est toujours pas là.
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- Wikipedia (en), Sydney Opera House (consulté le 27 octobre 2026)
- Wikipedia (en), Jørn Utzon (consulté le 27 octobre 2026)
- Sydney Opera House, Jørn Utzon (consulté le 27 octobre 2026)
- Sydney Opera House, The spherical solution (consulté le 27 octobre 2026)
- Sydney Opera House, Utzon departs the House (consulté le 27 octobre 2026)
- Sydney Opera House, Conserving and celebrating our heritage (consulté le 27 octobre 2026)
- Dictionary of Sydney, Sydney Opera House (consulté le 27 octobre 2026)
- Arup, Sydney Opera House (consulté le 27 octobre 2026)
- CAMD, The People’s House: Sydney Opera House at 50 (consulté le 27 octobre 2026)
- The Local Denmark, Why Sydney Opera House’s Danish architect was not present at 1973 opening (consulté le 27 octobre 2026)
- The Royal Family, Opening of the new colonnade of Sydney Opera House, 13 March 2006 (consulté le 27 octobre 2026)
- The Pritzker Architecture Prize, Biography: Jørn Utzon (consulté le 27 octobre 2026)
- Wikipedia (en), Seagram Building (consulté le 27 octobre 2026)
- Wikipedia (en), Peter Rice (structural engineer) (consulté le 27 octobre 2026)
- Archiseek, Peter Rice (1935-1992) (consulté le 27 octobre 2026)
- Centre Pompidou, From Pompidou to Beaubourg: the secret history of Renzo Piano’s and Richard Rogers’s architectural project (consulté le 27 octobre 2026)
- The Art Newspaper, The art machine: the Centre Pompidou at 40 (consulté le 27 octobre 2026)